Portrait : Sandy, une piquante passion pour l’apiculture !

Portrait : Sandy, une piquante passion pour l’apiculture !

Des balcons du Domaine du Bois aux rez-de-jardin des Laitières, les abeilles noires de Sandy butinent dans tout Vincennes. Rencontre avec une apicultrice urbaine, amateur mais ultra engagée !

Tirée à quatre épingles, dans une élégante combinaison noire, Sandy… chasse un frelon asiatique ! Venue rendre une visite à “ses” abeilles sur sa pause déjeuner, la jeune femme ne peut laisser s’enfuir l’ennemi numéro un de ses protégées.

Avec précaution, elle s’approche de la ruche pour vérifier que tout va bien : "Elles sont actives, et les rayons sont bien remplis, c’est rassurant", confie-t-elle dans un sourire. Rien ne semblait destiner cette directrice des ressources humaines et de la RSE (Responsabilité Sociale des Entreprises)à se passionner pour l’apiculture. 

 Petite, je craignais plus que tout les insectes volants qui piquent ! J’ai de douloureux souvenirs de mes aventures estivales pieds nus dans le jardin familial… 

30 000 abeilles face à moi

Études de droit, emploi de juriste du travail, RH… Voilà un an et demi, Sandy décide d’interrompre ce beau parcours professionnel.

"Mon travail me plaisait mais je n’y trouvais plus mon compte. Et ma découverte des abeilles a beaucoup joué."

À Noël, elle offre une formation en apiculture à son père, et la suit avec lui. L’été suivant, un voisin les appelle : un essaim a élu domicile dans son toit, il leur propose de le récupérer pour démarrer une ruche.

Tremblante, je me remémorais toute la théorie. Mais face à 30 000 abeilles, je n’en menais pas large, et mon père non plus.

Le duo réussit à déplacer l’essaim et installe sa ruche dans le jardin de la maison familiale, à Belle-Île. "J’ai veillé sur l’essaim comme sur un nouveau-né... Et puis j’ai commencé à dévorer tous les livres sur l’apiculture, je me suis inscrite à tous les forums possibles et imaginables, ça m’occupait jours et nuits !"

 Sandy apprend beaucoup, l’essaim reste, et sa passion pour les butineuses ne faiblira plus.

Une nouvelle vie et des abeilles

Amoureuse de la nature, profondément écolo, la jeune femme rêve de campagne. Son conjoint est parisien. Vincennes les met d’accord et quelque temps après leur emménagement, Sandy se tourne tout naturellement vers le projet d’agriculture urbaine des Jardins Suspendus.

Et puis en avril 2018, elle installe dans ces potagers partagés, non loin du poulailler, des abeilles noires, espèce endémique de la région. Depuis, avec une équipe de bénévoles, elle revêt régulièrement la large combinaison de protection pour s’assurer que tout se passe bien. S’approcher de la ruche n’est pas sans risque, mais la jeune femme maîtrise le maniement de l’enfumoir, qui laisse croire aux abeilles que la ruche prend feu. Trop occupées à protéger leur nid, elles ne piquent pas.

Du miel comme un cadeau

"Nous intervenons le moins possible", insiste Sandy.

À l’inverse de l’apiculture productiviste que l’on m’a enseignée. On nous conseille par exemple d’acheter de la cire aux alvéoles prémoulées pour obtenir plus de butineuses et donc de miel, alors qu’elles savent très bien les construire elles-mêmes ! J’ai travaillé quelques semaines chez des pros, pour apprendre les gestes et je les ai vu souffler mécaniquement les abeilles hors de la ruche pour y accéder tranquillement. Elles se retrouvent avec les ailes pleines de miel, certaines sont collées aux parois...

De quoi vous passer le goût du miel ! "Oui… " avoue Sandy, un voile de tristesse dans les yeux.

"Alors que le miel est un cadeau né de l’harmonie entre l’apiculteur et les abeilles..." C’est d’ailleurs avec beaucoup de délicatesse et d’émotion qu’elle a goûté celui de ses protégées, même si le but n’est pas la production mais la protection.

La bonne fée des butineuses vincennoises, qui a retrouvé un poste de DRH et RSE dans une société éco-responsable en accord avec ses valeurs, sait que les abeilles ne sont qu’une part infime de la lutte environnementale qui reste à mener : "Je ressens depuis longtemps une profonde colère contre tous ceux qui polluent la nourriture, l’air que l’on respire, etc. Ma rencontre avec les abeilles m’a permis de transformer cette colère en action." Une très belle résilience.