Justin Torres, chronique de décembre 2015

Exceptionnellement et en raison des attentats du 13 novembre dernier, la rédaction a choisi de publier le texte de Justin Torres, l’auteur américain en résidence à Vincennes dans le cadre du Festival America depuis cet été, en anglais d'abord puis dans sa version française, afin de transmettre au plus juste l’émotion de ce billet d’humeur.

Dear Vincennes,
I had written a rather fluffy chronicle of my last month, but when I sat down to type it up last night, I learned of the attacks in Paris. Today is Saturday, the day after the attack, and all day I've been watching images and listening to the news. I've been checking in with friends and loved ones. I feel lucky that everyone I know is safe. Everyone I know is also stunned. This magazine must still go to press, and so I must send in something, but in lieu of the kind of chronicle I've been writing, this time around all I want to say, indeed all I feel capable of saying, is that I love Vincennes. I love Paris. And France. I admire your principles, your grace, and your resilience. This attack, and the cycle of grief, the news reports, all feels eerily familiar, and yet I am as horrified as ever. The heart's refusal to become accustomed to such violence is, I think, a kind of triumph. I am reminded of the final lines of Pierre Reverdy's poem, Encore l'amour, with which I will close, as a kind of promise :

Ô c œur fermé ô cœur pesant ô cœur profond
Jamais de la douleur prendras-tu l’habitude

Yours in love,
Justin

Version française

Chère Vincennes,
J’avais écrit une chronique du mois écoulé légère comme une plume, mais quand je me suis assis pour la taper hier soir, j’ai appris la nouvelle des attaques à Paris. Aujourd’hui, c’est samedi, le lendemain des attentats, et j’ai passé toute la journée à en regarder les images et à écouter les informations. J’ai vérifié auprès de mes amis et des gens que j’aime. J’ai de la chance : tous mes proches sont sains et saufs. Tous mes proches sont aussi sonnés. Ce magazine doit malgré tout aller à l’imprimerie, et il me faut donc envoyer quelque chose, mais au lieu du genre de chroniques que j’ai écrit jusqu’à présent, cette fois-ci, tout ce que je veux dire, en fait tout ce que je me sens capable de dire, c’est que j’aime Vincennes. J’aime Paris. Et la France. J’admire vos principes, votre élégance, votre résilience. Ces attentats, ce cycle de malheur, ces reportages, tout cela me paraît sinistrement familier, et cependant je suis toujours aussi horrifié. Le refus du cœur de s’habituer à une telle violence est, je crois, une sorte de triomphe. Cela me rappelle les derniers vers du poème de Pierre Reverdy Encore l’amour, avec lequel je conclurai, en forme de promesse :

Ô cœur fermé ô cœur pesant ô cœur profond
Jamais de la douleur prendras-tu l’habitude

Avec tout mon amour,
Justin

Traduction : Dominique Chevallier

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