TU NE TE LÈVES PAS DU MÊME PIED TOUS LES JOURS

Elle, de Pascale Monnin*

Je n’arriverai pas jusqu’au bout de la foule
Pour te réinventer multiple
Dans l’absolu d’une chambre noire
Sachant que c’est toi

Perdue dans un trou de mémoire, qui t’endormais en ta faillite
Encore toi-même qui oubliais ton arrogante beauté de veille
Un rêve peut-être
Un rêve mauvais s’est posé sur ta tête
Et t’a enlevé plus que de raison un tiers de ta saison
Un été entier de tout ton être qui sait retenir notre lit tiède
Jusqu’au solstice

Un rêve plongé à pic
Comme un oiseau noir qui boit de l’arbre
La verticale sève qui la fonde
Et toute la bonne augure des feuilles vertes.
Quand donc Gisemonde
T’endormiras-tu pour te retrouver ?
Corbeau matinal
Perché sur l’arbre de ta connaissance
L’arbre de ton bien
Et de ton mal
J’existe dans l’éparpillement
De l’unité de tes contraires
Des quatre vents de tes cheveux
Et de la verte raison jaillissant au tronc de la mémoire
Y a-t-il des mots d’amour
Des lèvres qui vaillent à des distances inégales
Qui ne s’étanchent pas
Qui ne se mouillent pas
Sans mot dire dans le baiser
Si la rue en sa quête de grains
Envoie ses oiseaux s’enquérir sur tes seins
Fais donc appel au grand vent
Pour mettre en mouvement la poussière
Qui dessinera ton jupon au passage
Jurant son vol plané sur le temps suspendu de l’attente
Et ta salive mon eau de bouche
Quelle embouchure
Mienne autrement
A bu ta vie comme un champagne
Mais qu’importe l’arbre
Si le fruit des baisers tombent d’eux -mêmes des lèvres mûres
J’ai dormi avec toi
Je me vois me lever chez l’étrangère
Iras-tu renaître ailleurs
Pour m’inventer ici et la
Soit en transit soit en visite touristique sur ton corps
Il te laisse à t’avouer coupable au pied du lit
À changer entre deux eaux de larmes et d’imposture
Tu ne te lèves pas du même pied tous les jours
Si je t’aimais en peu de mots
C’est que bègues s’ouvrent mes lèvres
Au rendez-vous d’un baiser manqué
Et que les mots en sortent
Évidés dans un tremblement vide de papiers
En quête d’un strict nécessaire
D’une juste larme en ta gorge
Devrait-on se morfondre et se briser dans un miroir
Pour voir nos corps réédités
En des pauses exemplaires
Photogéniques par milliers
Il te reste à te savoir autre que tu es
Tu auras gagné ma sympathique pitié diurne
À passer pour une femme, qui vidée maintenant
de sa substance de belle
Gagne à tourner pour toujours les talons aux vieux mensonges
La vérité n’est pas l’auberge de la Joconde
Un coeur soumis sur une ligne brisée
L’univers mis en tiroir dans une étoile
Tu dois te savoir autre que tu es
T’affirmer en connaissance de cause et de miroirs
Je me réchaufferai de ta lueur
D’étoile éteinte qui scintille
En me cillant les yeux
Comme la diva qui ne voit pas le temps passer
Avec son lot d’amants d’une heure
Jusqu’au bout de la foule

Je n’arriverai pas
N’arriverai pas
Tu ne te lèves pas du même pied tous les jours

James Noël

 

* illustration : Elle , de Pascale Monnin. . pièce présentée lors de l’exposition Femme en mythologie(s) , mythologie de femme(s), dans le cadre du festival Vibrations Caraïbes au musée du Montparnasse, à Paris en novembre 2010. Pascale Monnin est co-auteur avec James Noël de La Fleur de Guernica (éd. Vents d’Ailleurs, 2010).

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