Hygiène du jeune auteur

Le jeune écrivain se doit pour tâche d’essayer ses mains dès le réveil. Essayer ses mains, les astiquer comme l’aurait fait un tireur d’élite. Le jeune doit apprendre à se servir de ses mains, à exécuter des travaux manuels, comme apprendre à clouer un clou, à délivrer des perruches d’une cage, à faire descendre sans douleur le Christ de sa croix.

Si le jeune atteint un peu la maturité précoce, il se doit de maîtriser sans cabotinage l’art de se pendre. Une forme d’humilité qui consiste à évoquer le suicide, la perte de soi avant chaque fin de phrase, histoire d’apaiser certains aînés qui souffrent souvent de la maladie incurable, textuellement transmissible, de l’insécurité littéraire. Si le petit jeune feint la mort dans chaque mot, il deviendra par maladresse un suspect et sera coupable de naïveté et du coup passible de la justice terrible de l’espace carnivore de la littérature. Une mort cousue de fil blanc se paie très cher, mais une pendaison, lente ou subite dans l’embrasure d’un livre, foudroie et désarme à coup sûr vos aînés qui trouveront sincères votre promesse de les devancer dans la mort. Cette panacée est efficace pour calmer leurs nerfs, éviter la passion, la haine déchaînée d’une catégorie dangereuse de dinosaures. Le jeune auteur gagnera en sympathie, et en compassion chez les chauves, tout ce qu’il a perdu en stratégie, en sagesse, en bile et en boyaux.

Dernier conseil. L’écrivain doit connaître les cycles, les calendriers et les lois des pôles. Il doit aimer la nature. Aimer la terre, quitte à la contrarier dans ses mouvements. Il doit aussi apprendre à faire le tour du visage d’une femme en vingt-quatre heures. Contre l’usure et la rouille auxquelles s’expose le geste d’écrire, le jeune doit encore essayer, essayer ses mains dans l’arrondi des seins, c’est très efficace pour rendre la paume tendre. Les seins, aussi dangereuses que soient les filles, ont toujours été considérés comme une mine d’infinis vertiges, une tornade de souplesses.

Essayer ses mains, telle doit être la morale de tout écrivain qui veut demeurer jeune.

James Noël

 

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